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La BCE a annoncé la mise en oeuvre d’un programme étendu d’achats d’actifs à compter du mois de mars
<p style="text-align: justify;">Elle a maintenu son taux directeur inchangé au zéro technique (5 pb). Prise en vertu de son mandat de garante de la stabilité des prix au sein de la zone euro, cette décision conduira la Banque à racheter sur le marché secondaire une partie des obligations émises par les administrations centrales.</p>
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Les agences et les institutions européennes (12% du total) pour un montant mensuel de 60 Mds € et des maturités s’échelonnant entre deux et trente ans ; se donnant pour objectif de desserrer la contrainte financière pesant sur les ménages et les entreprises, ce programme devrait au total injecter un montant de 1 140 Mds € dans l’économie jusqu’au mois de septembre 2016, date au-del? de laquelle il pourrait être prolongé en cas de persistance des pressions déflationnistes. Si les achats d’actifs seront pour l’essentiel réalisés par la BCE pour le compte des banques centrales nationales, auxquelles il conviendra d’assumer seules les éventuelles pertes encourues sur ces derniers, un cinquième des risques seront néanmoins mutualisés ? l’échelle européenne (12% sous forme de titres d’institutions européennes détenus par les Banques centrales nationales et 8% directement détenus par la BCE). Bien qu’il soit difficile d’évaluer a priori l’ampleur de ses effets sur l’économie réelle, la décision de la BCE pourrait néanmoins avoir des effets assez différenciés au sein des Etats d’Europe centrale et balte en raison de facteurs institutionnels – en premier lieu desquels l’appartenance ? la zone euro –, mais également structurels en raison de l’hétérogénéité des canaux de transmission entre les différents Etats, tant au sein de la zone qu’? sa périphérie. La clé de répartition des achats étant identique ? celle des participations au capital de la BCE, la Slovaquie, où les pressions déflationnistes étaient particulièrement prononcées ces derniers mois, ressort assez nettement comme le premier bénéficiaire en valeur absolue d’un programme qui pourrait y conduire ? des achats d’actifs de près de 500 M€ par mois (voir ci-contre) ; les Etats baltes devraient pour leur part bénéficier d’un effet de levier particulièrement favorable et pourraient racheter, par l’intermédiaire des Banques centrales nationales, plus d’un cinquième de leur dette sur le marché secondaire. Le rendement des obligations souveraines s’est dès lors sensiblement infléchi dans la plupart des pays de la zone, qu’ils appartiennent ou non ? la zone euro : celui des obligations ? dix ans s’est infléchi en une semaine de 35,9 points de base en Pologne, où il demeurait au 30 janvier légèrement sous la barre des 200 pb (voir infra) ; il chute de 35 points ? 1,48% en Slovénie et de 20 points de base ? 1,00% en Lettonie.
Si les mesures de la BCE pourraient avoir un effet positif sur l’offre de crédit en contribuant ? desserrer la contrainte de financement, non seulement au sein des pays membres de l’Union monétaire, mais également dans l’ensemble de la zone et en stimulant la croissance des prix ? la consommation dont le recul tendait ? décourager l’investissement, elles soulèvent en revanche plusieurs interrogations quant ? la différenciation de leurs effets entre les différents Etats membres de la zone : la dépréciation de l’euro devrait certes jouer en faveur des exportateurs vers les marchés tiers, mais elle pourrait également s’avérer défavorable pour les importateurs de matières premières et les Etats n’ayant pas l’euro pour devise ; l’appréciation du zloty et de la couronne tchèque face ? la monnaie unique (voir supra) pourrait dès lors inciter les Banques centrales de ces deux pays ? s’ancrer ? cette devise par le biais d’une baisse de leur taux directeur (Pologne) ou par celui d’une intervention sur le marché des changes, comme c’est déj? depuis novembre 2013 le cas en République tchèque (voir infra).
L’injection de liquidités pourrait par ailleurs alimenter, directement ou indirectement, les bulles de crédit dans les pays (Estonie, voire Pologne) où le prix des actifs immobiliers fait actuellement l’objet d’un examen attentif, sans qu’elle se reflète pour autant directement sur l’évolution du crédit aux entreprises ; une telle évolution contribuerait ? aggraver des distorsions souvent plus marquées dans les économies en convergence que dans celles ayant déj? convergé. Elle pourrait enfin dégrader la rentabilité du secteur bancaire en détériorant ses marges d’intérêt et le potentiel des activités de transformation.