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Discours de Jérôme Chartier lors des Entretiens de Varsovie 2015

<p style="text-align: justify;">Jérôme Chartier, fondateur des Entretiens de Royaumont, a donné un discours plein d’émotions lors des derniers Entretiens de Varsovie, samedi, 21 novembre 2015, au Château Royal.</p>
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Mes chers amis,
Nous avions construit cette journée des Entretiens de Varsovie autour d'une réflexion sur la nouvelle manière d’être qui serait en mesure de transformer les relations entre les hommes et notre rapport au monde. Nous ne pensions pas que l'actualité française nous donnerait l'illustration de ce que peut générer de pire un monde qui ne prendrait pas le virage de la modernité. Vous comprendrez donc que je n'aie pas le cœur ni l'esprit ? parler du green.
La France vient de connaître les heures parmi les plus sombres de son histoire, avec des attentats d’une barbarie inouïe, qui visaient ? détruire ce qui nous rassemble.
Paris, c'est l'incarnation de la liberté, celle de ses lieux par ses terrasses et ses quartiers pittoresques. Celle de la femme par les tendances de la mode qu'elle incarne dans le monde entier et qu'elle sublime. Celle de l'expression où il n'y a pas meilleur que le Français pour dire du mal de son pays, mais cette liberté de blâmer est aussi la condition de l'éloge flatteur, comme disait Beaumarchais. La liberté d’expression fait également de la France la terre d'asile des minorités politiques ? travers le monde, qui trouvent refuge depuis des siècles dans un pays qui s'est fait un honneur de protéger cette liberté absolue de pouvoir manifester publiquement son désaccord sans craindre pour sa vie, son intégrité physique ou celle de sa famille. Voil? ce qui rassemble les Français, en plus de la gastronomie. Notre idéal, c'est la liberté. De ce fait, il n'est pas surprenant que nous figurions en tête des pays ? abattre par les terroristes de Daech, ce rassemblement minable de déséquilibrés opportunistes qui hier terrorisaient les quartiers et qui aujourd'hui ont franchi un palier effroyable en assassinant de sang-froid hommes, femmes et enfants.
Ce qui est aussi en question avec les tragiques attentats de Paris, ce sont les relations entre les hommes, entre les peuples, entre les civilisations. On en vient toujours au rapport ? l’autre et aux valeurs.
Mais Daech a d'ores et déj? perdu son combat. Les barbares pensaient ébranler notre courage. Ils pensaient pouvoir nous diviser, nous faire douter de notre mode de vie. Ils ont au contraire rassemblé les Français, ils ont réveillé notre conscience d'une France éternelle et fraternelle qui a sa place dans le monde, celle d'une nation qui veut porter haut l'étendard de la liberté même si cela doit lui coûter parfois contrats et emplois, même si ses amis parfois ne la comprennent pas, même si le pragmatisme économique commanderait de se taire et de faire des affaires.
A l'instar de millions de Françaises et de Français qui se sont levés pour dire "Nous continuerons ? vivre libres", la France a décidé de poursuivre son combat de l'impossible, celui qui doit permettre ? chaque être humain de bénéficier ? travers le monde de la libre expression et du respect. Quitte ? devoir prendre les armes pour cela si les circonstances l'exigent.
Daech n'est pas aussi puissant qu'il veut le faire croire. Mais il est le symbole de groupuscules autonomes ? travers le monde qui veulent faire régner la désolation et la terreur.
Alors oui, nous sommes désormais en guerre.
Oui, le conflit moyen-oriental s’est invité sur notre sol en riposte ? notre propre implication militaire. Nous sommes frappés comme des intérêts américains sont frappés, comme un avion russe a été abattu au-dessus du Sinaï. Oui, la France est engagée, avec l’Occident, la Russie, la Turquie et l’Iran, tentant de construire une issue ? la crise irako-syrienne.
Oui, nous sommes en guerre contre la Terreur. Qui a jamais prétendu que, quand la Terreur existe, on ne pouvait faire autrement qu’être en guerre contre elle ? Oui, la France est en guerre. Elle se bat sur le terrain. Bien loin de ses hésitations du passé quand, avant de s'engager, elle multipliait les communiqués laissant croire qu'elle craignait le combat. Parfois la France a été faible et l'accueil triomphal de Daladier au Bourget alors qu'il venait de capituler face aux exigences d'Hitler ? Munich en 1938 montrait un pays qui n'était que l'ombre de lui-même. Mais aujourd'hui qui reconnaîtrait cette France démobilisée lorsqu'elle est au combat sur tous les théâtres d'engagement ? A tel point qu'elle se sent parfois un peu seule parmi ses voisins, je pense en particulier ? l'Allemagne et ? la Grande-Bretagne, pour éradiquer un ennemi qui pourtant veut s'attaquer ? travers ses symboles au modèle occidental tout entier. La France est aujourd'hui un peu seule au Proche-Orient, et en Afrique nous sommes pour le coup totalement seuls.
Certains doivent se dire que la France l'a cherché et qu'elle s'est occupé au Mali ou ailleurs de ce qui ne la regardait pas. Daladier en septembre 39 était ? la tête d'une France qui refusait de mourir pour Dantzig. J'irais moi-même aujourd'hui mourir pour Dantzig si on y assassinait la liberté. Nous sommes une France qui accepte le sacrifice de ses soldats ? l'extérieur de ses frontières pour faire triompher un idéal, parce que nous sommes conscients qu'en touchant cet idéal c'est ? la France que l'on s'en prend. Nous sommes une France qui se sent plus forte que jamais s'appuyant sur la force de ses convictions et de ses valeurs et sur le rôle qu'elle doit jouer. Nous avons engagé un combat que nous pouvons perdre. Mais y renoncer, ce serait nous perdre et maintenant que nous nous sommes retrouvés, il n'est plus question de nous égarer ? nouveau.
Je veux remercier tous les amis de la France, et ils sont si nombreux en Pologne, qui ont témoigné leur soutien depuis le début de cette épreuve. Toutes les fleurs qui ont été spontanément déposées devant nos ambassades partout dans le monde ont été pour nous un puissant réconfort. J'entends ? cet égard beaucoup d'appels lancés ? l'Europe, comme une incantation qui voudrait que l'on se tourne vers elle lorsque les choses vont mal, pour fustiger l'absence de politique commune ou la passivité des Etats membres de l'union.
Je veux vous dire que je m'oppose ? ces appels et ? ces procès d'intention. On ne peut pas ? la fois revendiquer la liberté et d'un autre côté protester lorsque son voisin use justement de cette liberté. Moi je reconnais ? chacun la libre détermination et c'est la raison pour laquelle l'Europe ne pourra jamais devenir un État en tant que tel. Nos intérêts sont si différents et nos opinions si divergentes. Nous nous sommes construits avec de vraies nuances qui datent de fort longtemps et qui ne disparaîtront pas rapidement. Le temps aidera sans doute ? réduire les aspérités et alors nous pourrons envisager une nouvelle étape.
Pour l'heure, nous devons faire face ? ce risque massif pour la France. Les frontières sont ? nouveau filtrées jusqu'? temps que la menace se réduise ? nouveau. Et nous devons nous battre avec celles et ceux qui pensent, comme la France, que c'est notre avenir ? tous qui est menacé. L'Allemagne le pense et doit s'engager militairement. La Grande-Bretagne, durement touchée elle aussi, le pense et doit s'engager militairement. L'Espagne le pense et doit s'engager militairement. J'attendrai s'agissant de la Pologne de connaître la position du nouveau premier ministre dont je salue l'élection et cette position déterminera le choix et l'implication de la Pologne aux côtés de la France et des Etats-Unis.
Mais j'ajoute que l'afflux massif de migrants en Europe n'est que le début des conséquences des guerres livrées par Daech et les autres mouvements terroristes. Cette guerre aura d'ailleurs rapidement des conséquences mondiales et chaque pays pourra les mesurer ? son échelle.
Avec cette tendance naturelle au recroquevillement, nous sommes loin du green et des opportunités d'un modèle mondial compatible pour chacun dans une prise de conscience d'une planète qui doit se préserver. C'est vrai. Depuis une semaine, la France n'a pas brillé par son ouverture au monde. Mais comment être différent lorsqu'on se sent agressé ? Seul Jésus a su tendre l'autre joue lorsqu'il a été frappé. Nous, simples êtres humains, n'y parvenons pas.
La COP21 en France sera l'occasion probablement l'occasion de renouer avec une vision plus universelle de l'humanité et de produire des engagements pour le climat, mais la question du terrorisme restera omniprésente, et c'est bien compréhensible.
Il y a beaucoup en jeu. Le destin, le bonheur et la liberté des générations actuelles et futures. La défense de valeurs qui sont très anciennes et qui nous dépassent : les valeurs de l’humanité. Les valeurs de la démocratie occidentale, ce que nous appelons la laïcité ? la française, contre la théocratie fondamentaliste et cotre la conception salafiste de l’Etat, de la société et de la femme. Les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité. Les valeurs de respect et de paix.
Je voudrais pour conclure vous remercier de faire année après année un succès de ces Entretiens de Varsovie, toujours plus forts et plus solides. C'est le succès de la Pologne et la vision la vision de une certaine idée de la relation polono-française. Je voudrais en remercier les acteurs, Maciej et Alexander, Bertrand et Pierre Buhler. C'est devenu une reussite parfaitement collective qui s'est imposée dans le paysage de Varsovie, et c'est maintenant vous tous qui la portez. Ces Entretiens sont l'incarnation même de ce que l'humain sait faire de mieux lorsqu'il s'agit d'engager la discussion pour rapprocher les points de vue. Lorsque Daech détruit le pont de la continuité historique que sont les vestiges de Palmyre, nous construisons le pont du renforcement de l'amitié entre la Pologne et la France. C'est pour cela que Daech a perdu et que nous allons gagner.
Je vous remercie.