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CRISE UKRAINIENNE - "Poutine veut forcer la sécession de l’Ukraine" selon Rzeczpospolita

<p style="text-align: justify;">Les journaux polonais tirent une nouvelle fois la sonnette d'alarme quant aux nouveaux événements qui secouent la partie orientale de l'Ukraine. Toute la scène internationale semble mobilisée et pourtant la Russie continue d'agir comme si elle était seul maître du jeu.</p>
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? L'Ukraine de nouveau en feu ? titrait Polska the Times
Depuis ce week-end, la situation en Ukraine de l'Est se tend de plus en plus chaque heure. Bien qu'une réunion quadripartite entre l'Ukraine, la Russie, les États-Unis et l'Union Européenne, soit prévue demain pour tenter de trouver une sortie de crise par la voie diplomatique, les événements laissent ? croire que c'est le contraire qui se produira. Samedi, des militants pro-russes se sont emparés de bâtiments publics dans plusieurs villes de l'Est, comme ? Slaviansk, Donietsk ou encore Kharkov.
A l'heure actuelle, rien ne permet d'affirmer officiellement que ce sont des militaires russes qui se cachent derrière ces événements. Toutefois, un faisceau d'indices corrobore cette idée. Si ? Kharkov, les manifestants qui souhaitaient s'emparer de la mairie, sont bizarrement entrés dans l'opéra, preuve qu'ils n'avaient pas l'air de connaître la ville, ce sont les équipements et une organisation très professionnels des commandos insurgés, qui révèlent au mieux la présence des militaires russes.
Le gouvernement ukrainien a annoncé qu'il allait déployer l'armée et la Garde nationale dans l'Est du pays face aux insurgés pro-russes. Ces derniers seront ?liquidés ? s'ils ne déposent pas les armes, terme employé par le commandant de l'opération. En face, ? la frontière, quelques 40.000 soldats russes sont postés. L’ultimatum donné par Kiev aux séparatistes pro-russes a pris fin sans que personne n’obtempère, démontrant ? nouveau, l’impuissance des autorités ukrainiennes. En effet, même si une opération anti-terroriste de grande échelle a été annoncée par les autorités ? Kiev, aucune unité ukrainienne n’a été envoyée ? Donietsk, ni dans les villes alentour.
? La Russie provoque le chaos ? commente Dziennik Gazeta Prawna
Gazeta Wyborcza a mis l’accent sur la réaction de l’OTAN, qui, par la voix de son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, exige que la Russie cesse de déstabiliser l’Ukraine. L'OTAN a mis Moscou en garde contre toute ingérence militaire, sous quelque prétexte que ce soit, l’avertissant que les conséquences seraient pour elle un isolement toujours plus grand sur la scène internationale. Pour expliquer la politique extérieure russe, le journal cite M. Ian Brzezinski, chercheur au Conseil Atlantique. Il décrit les actions du Kremlin contre l’Ukraine comme faisant partie d’une politique générale durable, revancharde, utilisée par Poutine pour reconstruire son empire, en exerçant le contrôle sur les territoires qui constituaient l’URSS. L’Ouest, pense-t-il, doit tout faire pour dissuader la Russie d’annexer d’autres parties de l’Ukraine ou d’aller agresser un autre pays d’Europe centrale. Il réclame des sanctions économiques.
Le message envoyé par les Russes depuis le début de la crise ukrainienne a plusieurs destinataires. Il s'adresse tout d'abord aux ukrainiens eux-mêmes, en leur disant très clairement qu'ils ne sont pas libres de faire ce qu'ils veulent, car ils sont dans le giron russe, comme ? l'époque soviétique. Il s'adresse ensuite aux occidentaux. Rzeczpospolita croit savoir que l’intention de Poutine n’est pas seulement de transformer son voisin en pays fédéral, mais aussi de s’assurer que les autres pays de l’ex-URSS n’iront jamais adhérer ni ? l’UE, ni ? l’OTAN. Le journal écrit que les occidentaux seraient bien capables, de crainte d’un conflit ouvert qui nuirait ? la reprise économique en Europe, d’accepter les conditions dictées par Poutine. Il considère qu’il faut immédiatement imposer des sanctions économiques ? la Russie, que ce sera coûteux mais efficace. Malgré une réelle interdépendance entre UE et Russie, cette dernière ne saurait concurrencer l’Ouest, conclut-il. Il déplore que l’appel du Premier ministre Tusk ? introduire des sanctions économiques douloureuses au plus tôt n’ait pas éveillé plus d’enthousiasme.
Pour Pawel Kowal, député européen, ces affrontements sont une ? guerre ? et tant que l’occident n’appellera pas ce conflit par son nom, il s’interdira d’y remédier. Pendant ce temps, la Pologne voit baisser d’autant son niveau de sécurité, a-t-il estimé.
Quelles perspectives ?
Nombreux sont les responsables politiques ukrainiens ? penser que l’escalade du conflit sera un prétexte en or pour le Kremlin pour justifier une nouvelle intervention. M. Oleksander Turczynow, président par intérim, n’exclut pas de conduire le 25 mai prochain un référendum sur ? l’intégrité de l’État ? pour tenter autant que possible d’apaiser les tensions.
En visite hier ? la base aérienne de Łask, le Premier ministre, M. Donald Tusk, a reconnu que la Pologne n’était pas menacée directement. Cependant, en raison de la situation actuellement tendue ? la frontière Est, il compte accélérer certains programmes de modernisation de l’armée. Il a par ailleurs annoncé que le ministre de la Défense se rendrait aux États-Unis cette semaine pour discuter du renforcement des capacités militaires, en particulier en matière de défense antimissile et aérienne.
Hier, ce même ministre de la Défense, M. Tomasz Siemoniak, était ? Luxembourg pour rencontrer ses 27 homologues. Il y a défendu le projet d'un mécanisme européen de prévention et de réponse aux crises surgissant dans le voisinage de l’UE. Il a également proposé la création d’un cadre de coopération Ukraine- UE spécifique. Le ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, a annoncé qu’il pourrait y avoir un nouveau sommet ? spécial Ukraine ? des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE dès la semaine prochaine, où seront décidées de nouvelles sanctions si nécessaire. Par ailleurs, c’est le président de la Commission européenne qui répondra au nom de tous les membres de l'UE, ? la lettre de Poutine. Adressée ? 18 dirigeants européens, il y menace de cesser de livrer du gaz ? l'Ukraine si ce pays ne règle pas sa dette, mettant ainsi en danger l'approvisionnement de l’Europe.
En attendant, la situation reste explosive et de nouveaux affrontements semblables ? ceux de la Place Maïdan risquent de se produire. Si les dirigeants prennent leur temps pour bouger leurs pions, les populations, elles, sont au bord de la guerre civile.
Mathilde TÊTE (www.lepetitjournal.com/varsovie) – Mercredi 16 avril 2014
Article publie par LePetitJournal.com/Varsovie: http://www.lepetitjournal.com/varsovie/accueil/actualite/182710-crise-ukrainienne-poutine-veut-forcer-la-secession-de-l-ukraine-selon-rzeczpospolita
